Augmentation des cyberattaques contre les banques
Les menaces ne cessent de s'intensifier. Pour les banques européennes, la cybersécurité a dépassé le cadre des attributions du service informatique pour devenir un enjeu relevant du conseil d'administration, qui influe sur la stratégie, la planification et la gestion des risques.

Comment les établissements de taille moyenne peuvent-ils réagir ?
Les cyberattaques visant les banques sont passées du statut d’incidents isolés à celui de menaces persistantes et stratégiques. Ce qui était autrefois considéré comme un risque informatique est désormais une préoccupation au plus haut niveau de la direction, qui influe directement sur l’appétit pour le risque, l’allocation des capitaux et la stabilité à long terme. Dans le contexte actuel, la résilience numérique et la confiance institutionnelle sont indissociables.
L'Agence de l'Union européenne chargée de la cybersécurité (ENISA) a lancé un avertissement sans équivoque : entre janvier 2023 et juin 2024, le secteur financier de l'UE a enregistré 488 incidents cybernétiques rendus publics. Ce chiffre témoigne d'une pression constante pesant sur l'intégrité opérationnelle et les fondements de confiance des institutions financières de la région. Depuis douze années consécutives, le secteur financier supporte le coût moyen le plus élevé au monde lié aux violations de données, ce qui reflète l'importance des enjeux en jeu.
Une faille de sécurité dangereuse
Alors que les grandes banques internationales font la une de l’actualité, ce sont les établissements de taille moyenne, notamment les caisses d’épargne, les banques coopératives et les établissements de crédit régionaux, qui se trouvent dans une situation particulièrement précaire. Ces banques détiennent des données et des actifs de grande valeur qui attirent des acteurs malveillants sophistiqués, mais elles ne disposent souvent pas des ressources de leurs homologues plus importants, ce qui crée un déséquilibre structurel entre leur exposition aux risques et leur capacité de défense. Cette asymétrie les place dans une situation très défavorable face à des adversaires de plus en plus puissants, hautement organisés et, dans certains cas, soutenus par des États.
Dans ce contexte, une cybersécurité proactive, fondée sur le renseignement, n’est plus une dépense facultative, mais un facteur déterminant pour la réussite à long terme d’une banque. Il faut passer d’une vision de la cybersécurité comme centre de coûts à celle de la résilience comme moteur stratégique de la confiance et de la croissance.
Modèles typiques de cyberattaques contre les banques
Il est essentiel de comprendre les tactiques couramment utilisées par les cybercriminels pour mettre en place une défense efficace. Les méthodes d'attaque ont évolué : elles ne se limitent plus à de simples exploits, mais prennent désormais la forme de campagnes en plusieurs étapes, hautement coordonnées, qui ciblent les technologies, les processus et les personnes.
Hameçonnage et ingénierie sociale : exploiter la confiance
Les attaques de hameçonnage ne se caractérisent plus par des fautes d'orthographe et des tactiques rudimentaires. L'ingénierie sociale moderne est une opération sophistiquée. Les pirates ont désormais recours à l'intelligence artificielle pour produire des contenus soignés et personnalisés, utilisent la technologie de « deepfake » vocal pour imiter des dirigeants et exploitent le hameçonnage par code QR (« quishing ») pour contourner les filtres de messagerie.
Ces techniques servent de plus en plus de point d'entrée à des campagnes de fraude et de compromission à plus grande échelle. Un rapport publié en 2024 par Tietoevry a fait état d’une hausse de 156 % des escroqueries par manipulation sociale et d’une augmentation de 77 % des attaques par hameçonnage, soulignant la croissance explosive de cette menace. L’ENISA confirme que les institutions financières sont des cibles de choix, les attaquants se faisant passer pour des banques dans 36 % des cas d’ingénierie sociale, trompant ainsi les clients et les employés afin qu’ils divulguent des informations sensibles ou approuvent des transactions frauduleuses.
Les ransomwares : du chiffrement à l'extorsion
Les ransomwares se sont industrialisés. L’apparition des plateformes de « ransomware-as-a-service » (RaaS) sur le dark web permet désormais de louer des kits d’outils très efficaces pour seulement 40 dollars, ce qui réduit considérablement les obstacles à l’entrée pour les cybercriminels et alimente une explosion du nombre d’attaques. Les rapports du secteur indiquent que le délai entre la compromission initiale et la perturbation des activités s’est considérablement raccourci ces dernières années.
Pire encore, les cybercriminels ont adopté une stratégie de « double extorsion ». Avant de chiffrer les données, ils exfiltrent d’énormes quantités de données sensibles appartenant à l’entreprise et à ses clients. Si la rançon n’est pas versée, ils menacent de divulguer ces informations au grand public, aggravant ainsi les dommages en termes de réputation, de conformité réglementaire et d’impact opérationnel. Une étude d’Allianz Commercial montre que le nombre de cas impliquant une exfiltration de données a presque doublé, passant de 40 % en 2019 à près de 80 % en 2022, les chiffres de 2023 s’annonçant encore plus élevés.

Attaque contre la chaîne d'approvisionnement : une intrusion de l'extérieur vers l'intérieur
Les cyberattaques réussissent de plus en plus souvent non pas en ciblant directement les banques, mais en exploitant les vulnérabilités de leurs chaînes d’approvisionnement numériques. Les prestataires tiers, notamment cloud , les éditeurs de logiciels et les sous-traitants chargés du traitement des données, sont devenus un vecteur d’attaque majeur. Une analyse récente de SecurityScorecard a révélé que 96 % des 100 principales institutions financières européennes avaient été touchées par au moins une faille de sécurité chez un prestataire tiers au cours de l’année écoulée, contre 78 % l’année précédente.
Le risque de réputation est considérable. Le public impute rarement la responsabilité à un tiers ; c’est l’institution principale qui en assume la responsabilité et subit les conséquences. La faille de sécurité de MOVEit en 2023, qui trouvait son origine dans un simple logiciel de transfert de fichiers, a provoqué un effet domino à l’échelle mondiale, compromettant des milliers d’organisations en aval et causant des dommages estimés à plus de 65 milliards de dollars. Cet incident souligne l’importance d’une gestion globale des risques liés aux tiers.
Menaces internes : les risques venant de l'intérieur
Les menaces internes sont de deux ordres. La première est celle de l'employé malveillant, un compromis mécontent ou compromis qui vole délibérément des données ou sabote les systèmes. Selon Bitkom, 36 % des entreprises touchées ont identifié des actions intentionnelles menées par des employés comme étant à l'origine d'une attaque.
Le plus souvent, les incidents résultent d’erreurs internes non malveillantes. Il s’agit d’incidents involontaires dus à l’erreur humaine. Selon les rapports de l’ENISA relatifs à la directive NIS, 73 % des incidents étaient de nature non malveillante et résultaient de défaillances du système (64 %) et d’erreurs des utilisateurs (9 %). Des serveurs mal configurés, des mises à jour logicielles défectueuses ou le non-respect des protocoles établis peuvent exposer les organisations à des risques graves, même en l’absence d’intention malveillante.
Pourquoi les banques de taille moyenne sont-elles particulièrement vulnérables ?
Bien que toutes les institutions financières soient confrontées à des menaces croissantes, les banques de taille moyenne de l'Union européenne se trouvent dans une situation particulièrement vulnérable. Elles sont suffisamment importantes pour attirer des cyberattaquants sophistiqués, mais ne disposent souvent ni de la taille, ni de l'infrastructure, ni des ressources nécessaires pour mettre en place des défenses à la hauteur de la menace.
Les perturbations informatiques ont des répercussions économiques plus larges. Si une institution de taille moyenne est paralysée, cela peut avoir des conséquences sur des régions entières ou des secteurs entiers de l'économie. Pour les adversaires qui cherchent à déstabiliser les systèmes financiers, ces institutions constituent des cibles de choix.
Le déficit en ressources et en expertise
Le principal défi pour les banques de taille moyenne réside dans le décalage entre leur attractivité aux yeux des cyberattaquants et leurs capacités de défense. Elles traitent des flux financiers considérables et stockent des données sensibles, mais sont limitées par des budgets et des effectifs restreints.
Cette lacune soulève deux problèmes majeurs :
- Budget: la cybersécurité nécessite des investissements soutenus dans des outils modernes, la surveillance et les tests. Les entreprises de taille moyenne ont du mal à accorder la priorité à ces aspects au regard d'autres besoins de l'entreprise.
- Talents: La pénurie mondiale de professionnels de la cybersécurité a donné lieu à une concurrence acharnée. Les banques de taille moyenne sont souvent incapables d'égaler les salaires, les avantages sociaux ou les perspectives de carrière proposés par les grandes entreprises ou les sociétés technologiques.
Infrastructure informatique obsolète
Une vulnérabilité majeure pour de nombreuses banques de taille moyenne réside dans leurs systèmes bancaires centraux hérités. Les plateformes mises en place il y a plusieurs décennies n’ont pas été conçues pour les environnements actuels, axés sur les API et cloud. Bon nombre de ces établissements s’appuient sur des plateformes bancaires centrales vieilles de plusieurs décennies, écrites dans des langages tels que COBOL et fonctionnant sur des systèmes mainframe qui, bien qu’historiquement stables, sont devenus un véritable handicap face aux menaces actuelles. Une enquête menée auprès de dirigeants bancaires a révélé que plus de 53 % d’entre eux s’inquiétaient de leur dépendance vis-à-vis des technologies héritées et de la « dette technique » croissante que cela représente.
Ces systèmes hérités présentent des risques à plusieurs égards. Tout d’abord, ils élargissent considérablement la surface d’attaque. Ils n’ont jamais été conçus pour l’écosystème numérique hyperconnecté et piloté par les API d’aujourd’hui. En superposant des applications mobiles et web modernes à ces anciens systèmes centraux, les banques créent des environnements hybrides complexes et fragiles, truffés de vulnérabilités potentielles liées à l’intégration. Ces anciens systèmes sont intrinsèquement dépourvus de fonctionnalités de sécurité modernes, telles qu’une gestion granulaire des identités et des accès (IAM) et des outils de surveillance sophistiqués, ce qui les rend difficiles à sécuriser et laisse des angles morts dangereux pour les équipes de sécurité.

La dimension humaine
L'erreur humaine reste la faille la plus imprévisible. Qu'il s'agisse de se faire piéger par un e-mail de hameçonnage ou de mal configurer un système de sécurité, les employés peuvent, sans le vouloir, exposer l'entreprise à des risques majeurs.
Les formations traditionnelles et génériques ne suffisent plus. L'Autorité bancaire européenne (ABE) exige désormais des programmes adaptés à chaque fonction et régulièrement mis à jour, qui traitent des techniques d'attaque modernes, y compris celles optimisées par l'intelligence artificielle.
Mesures immédiates visant à renforcer la cyber-résilience
Pour les banques de taille moyenne, la priorité doit être de relever le niveau de référence. Parmi les mesures clés figurent :
- Gestion continue des vulnérabilités: passez à une analyse des vulnérabilités en continu. Donnez la priorité aux systèmes externes tels que les VPN et les portails d'accès à distance.
- Détection et réponse modernes au niveau des terminaux (EDR): remplacez les outils antivirus obsolètes par des systèmes de détection comportementale en temps réel.
- Réponse aux incidents et exercices sur table: élaborer des plans d'intervention structurés, conformes à des référentiels reconnus tels que la norme NIST SP 800-61. Organiser régulièrement des exercices de simulation à l'échelle de la direction.
- Authentification multifactorielle (MFA): étendez la MFA à l'ensemble des systèmes clés, et pas uniquement à la messagerie électronique ou aux VPN. Associez-la à des politiques d'accès fondées sur le principe du « privilège minimal ».
Stratégies à long terme pour renforcer la résilience
La mise en place d'une infrastructure de sécurité dès le départ est la clé d'une sécurité à long terme. Une stratégie de continuité d'activité constitue une approche globale permettant de mettre en place des systèmes d'intervention et de reprise , dans le cadre d'un effort continu visant à garantir votre sécurité.
Cependant, les contrôles de base ne constituent qu'un premier pas. Pour assurer une résilience à long terme face aux cyberattaques visant les banques, il faut adopter un modèle de sécurité moderne : le « Zero Trust ».
Architecture « Zero Trust »
L'architecture « Zero Trust » repose sur un principe simple : la confiance implicite est supprimée et la vérification est continue. Elle remplace les hypothèses obsolètes concernant la sécurité interne en considérant tous les utilisateurs et tous les appareils comme potentiellement compromis.
Parmi les éléments clés, on peut citer :
- Une gestion des identités et des accès (IAM) solide: l'identité est le nouveau périmètre. Une gestion IAM robuste garantit que seuls les utilisateurs authentifiés ont accès au système.
- Microsegmentation: diviser les réseaux en zones sécurisées. Empêcher les attaquants de se déplacer latéralement une fois qu'ils ont pénétré dans le réseau.
- Principe du privilège minimal: n'accorder à chaque utilisateur ou processus que les autorisations strictement nécessaires.
- Surveillance continue: surveillez l'ensemble du trafic, le comportement des utilisateurs et l'état des appareils en temps réel. Retirez les droits d'accès dès l'apparition d'anomalies.
Découvrez une présentation plus détaillée dans notre livre blanc, qui expose les avantages du ZTNA par rapport au VPN.
Services de sécurité gérés
Pour de nombreuses banques de taille moyenne, mettre en place une infrastructure « Zero Trust » de leur propre chef n'est pas une option réaliste. Pour bon nombre d'entre elles, le recours à un fournisseur de services de sécurité gérés (MSSP) leur permet de bénéficier, de manière évolutive, de capacités qu'il leur serait autrement difficile de développer en interne.
Les avantages comprennent :
- Une expertise à la demande: accédez à des talents de haut niveau dans les domaines du renseignement sur les menaces, de l'analyse judiciaire, de la conformité et bien d'autres encore.
- Technologie de niveau entreprise: tirez parti d'outils avancés tels que les solutions SIEM, EDR et les flux d'informations sur les menaces en temps réel.
- Rentabilité: Transformez vos dépenses d'investissement en coûts d'exploitation prévisibles, sans aucun investissement initial.
Un MSSP permet aux banques de mettre en place une surveillance 24 h/24 et 7 j/7, une réponse aux incidents et une détection continue des menaces, autant d'éléments essentiels à la mise en œuvre du modèle « Zero Trust ».
La confiance, c'est la nouvelle monnaie
Dans le paysage financier actuel, caractérisé par la numérisation et l'interdépendance, la cybersécurité n'est plus seulement une question technique : elle est au cœur de la confiance, de la réputation et de la compétitivité sur le marché.
Les banques de taille moyenne de l'UE doivent se montrer à la hauteur de la situation. Elles doivent cesser de considérer la cybersécurité comme un simple problème informatique et commencer à voir la résilience comme un atout stratégique.
Dans l'écosystème financier actuel, la cybersécurité n'est pas un simple élément défensif supplémentaire ; elle est essentielle à la confiance, à la conformité réglementaire et à la stabilité institutionnelle.
Les banques de taille moyenne doivent considérer la résilience comme une discipline stratégique, en intégrant la gouvernance, l'architecture, la surveillance et la préparation du personnel au sein d'une stratégie de sécurité cohérente.
Les entreprises qui parviennent à combler l'écart entre la sophistication des menaces et leurs capacités de défense ne se contenteront pas de réduire les risques, mais renforceront également la confiance du marché à une époque où la confiance est le facteur de différenciation par excellence.
Prochaine étape: prenez rendez-vous avec notre équipe de services ou demandez une présentation destinée aux dirigeants, adaptée aux besoins de votre établissement.


